Transition

Solaire : les défis de l’autoconsommation

Bien que la loi sur l’électricité votée en juin dernier ait donné encore un nouvel élan au photovoltaïque en Suisse, le risque de surcharge du réseau, la jungle des modèles et la volatilité des prix nous mènent droit dans le mur selon plusieurs experts.

Le 9 juin 2024, le peuple suisse s'est exprimé sur la modification de la loi sur l’énergie et de la loi sur l’approvisionnement en électricité
Le 9 juin 2024, le peuple suisse s'est exprimé sur la modification de la loi sur l’énergie et de la loi sur l’approvisionnement en électricité - Copyright (c) Freepik
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Sans conteste, l’engouement pour le solaire photovoltaïque s’est peu à peu généralisé ces dernières années en Suisse, représentant déjà 11% de la production de courant national en 2024. Une adhésion de la population qui s’est d’ailleurs confirmée avec l’acceptation significative (à 70%) en juin d’une nouvelle loi sur l’électricité, dont les objectifs de transition (vers le solaire notamment) ont encore été élevés d’un cran: 35 térawattheures d’électricité seront censés provenir de nouvelles sources renouvelables à la fin de la première étape en 2035, soit plus de la moitié de la consommation d’électricité actuelle.

Mais, au vu de ce rythme de croissance, rien de plus simple n’est-ce-pas? «Non car nous avons débuté cette phase de changement par les toitures les plus faciles, rentables et accessibles», a pointé Pascal Molliat, conseiller municipal de la Ville de Vevey, lors du Congrès romand de l’énergie solaire organisé en ce début d’année à Lausanne par l’association Cité de l’énergie et la faîtière Swissolar. Réunissant un panel d’experts du domaine, cet événement a été l’occasion de constater que la tâche des communes et des gestionnaires de réseau de distribution (GDR) s’annonçait ardue.

Plusieurs solutions ont dès lors été présentées afin de favoriser l’autoconsommation des Romands (financement participatif, appels d’offres groupés, démarchage actif auprès des propriétaires…) et parmi eux, les nouveaux modèles de regroupement de consommateurs. Puisqu’en effet, au 1er janvier 2025, des textes de lois remaniés sont entrés en application afin d’étendre le périmètre de ces communautés d’échange d’électricité (un propriétaire de panneaux photovoltaïques pouvant redistribuer ses kilowattheures inutilisés à son voisinage). Initialement limité à un même bâtiment, celui-ci peut dorénavant devenir producteur d’électricité solaire pour son quartier, et d’ici avril à l’échelle de sa commune.

Mise en œuvre complexe

Les Helvètes vont devoir se tourner davantage vers l’autoconsommation pour tenir les objectifs visés de la transition énergétiquediaporama
Les Helvètes vont devoir se tourner davantage vers l’autoconsommation pour tenir les objectifs visés de la transition énergétique

Des outils de mise en commun sur lesquels les autorités misent beaucoup. Bien qu’en pratique, ces nouveaux modèles ne semblent pas encore au point… «Nous avons l’opportunité par ces biais de toucher des clientèles qui ont difficilement accès au solaire sauf qu’il s’agit d’une jungle totalement inabordable pour l’heure, extrêmement complexe à expliquer à une PPE ou un propriétaire de villa qui souhaite avant tout se projeter sur 20 ou 30 ans avec son installation, tandis que le cadre légal évolue constamment», souligne le Municipal Pascal Molliat. D’autant qu’il n’y a pour l’heure que très peu de volontaires pour gérer ces communautés, les GRD tels que Romande Energie ne souhaitant pas s’emparer de ce rôle important mais lourd de responsabilités.

Un réseau surchargé

Néanmoins, regroupements de consommateurs ou pas, les Helvètes vont devoir malgré tout se tourner davantage vers l’autoconsommation pour tenir les objectifs visés de la transition énergétique. Or, à force de poser des panneaux solaires et de multiplier les producteurs individuels d’électricité, quid de l’infrastructure? Étendre le réseau à l’infini pour accueillir cette vague d’installations n’étant pas viable, le risque de surcharge plane au-dessus de la tête des GRD qui doivent assumer les coûts d’entretien de ces dits réseaux. «Chaque dix ans, ce sont plusieurs milliards de francs que nous investissons pour cela et il faudrait encore les doubler voire les tripler pour supporter cette croissance», témoigne Patrick Bertschy, directeur général de Romande Energie.

Sans compter que le nombre de consommateurs sur le réseau diminue à mesure que celui des producteurs augmente, faisant par effet ricochet gonfler la facture des clients captifs, autrement dit des locataires (dans la majorité des cas). «C’est malheureux mais aujourd’hui, toute la transition énergétique se fait sur le dos de ceux qui ne peuvent pas produire et il faut être conscient du déséquilibre de ce système qui aura une fin un jour ou l’autre, lorsque le petit consommateur ne pourra plus payer», alerte Patrick Bertschy.

Le coût du virage

Une nécessaire évolution des modèles d’autoconsommation a donc débuté. À l’instar de Romande Energie qui affichait des tarifs de reprise à 7 centimes en 2020 puis à 17 centimes l’an passé avant de replonger désormais. «Nous avons une visibilité sur les prix de vente et de reprise pour les quatre prochaines années et nous pouvons nous attendre à une tendance baissière. Nous venons donc de réajuster les créneaux des heures pleines/creuses et de mettre en place des prix différenciés selon les saisons (été/hiver) pour gérer les surplus estivaux de cette énergie que nous sommes forcés de reprendre», indique son dirigeant.

Une volatilité tarifaire que tout un chacun peine à comprendre, offusquant tantôt les producteurs lésés, tantôt les consommateurs outrés par leur facture gonflée. Alors que faire maintenant face au sombre tableau dépeint par la situation? Les experts interrogés sont unanimes: l’avenir promet des périodes sous haute tension mais pour aller dans la bonne direction, écrêtons (fixation de limites dans la capacité de l'onduleur à convertir le courant des panneaux solaires) et retenons que le kilowattheure le moins cher, le plus écologique et favorable pour le réseau reste celui que l’on ne consomme pas…À méditer.