Patrimoine

Protéger le bâti d'hier, l'enjeu de demain

À la croisée des chemins, les villes et villages doivent trouver l’équilibre entre développement urbain et préservation de l’héritage architectural. Ceci tout en tenant compte de l’inventaire fédéral, considéré par beaucoup comme un frein.

Ensemble de la Gradelle (GE) construit dans les années 1960
Ensemble de la Gradelle (GE) construit dans les années 1960 - Copyright (c) BAK Bern
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Trop imposant, trop ancien, trop moderne, trop haut, trop terne... tout le monde y va de son jugement quand il s’agit du bâti. Néanmoins, les urgences climatiques et démographiques nous poussent à construire et rénover vite, quitte à commettre quelques erreurs au passage. Mais un garde-fou veille sur le patrimoine historique, celui qu’il ne faut absolument pas toucher: l’ISOS (l’inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse).

Alors certains voient cet outil comme un frein au développement, une épine dans le pied face au temps qui défile, nous rapprochant de 2050. Un débat qui a été abordé lors d’une conférence à Yverdon-les-Bains, fin mai, organisée par la Municipalité yverdonnoise. Parmi les invités de la soirée, Marcia Haldemann, la cheffe ISOS de l’office fédéral de la culture a souhaité rappeler l’utilité de cet inventaire, dont la mission principale n’est donc pas l’interdiction du bâti de demain mais bien la préservation de celui d’hier.

Un devoir de sauvegarde

La ville d'Hermance (GE) a su garder sa structure médiévalediaporama
La ville d'Hermance (GE) a su garder sa structure médiévale

Pour cela, précisons ce qu’est ce fameux ISOS. «C’est une sélection pointue et documentée des sites les plus précieux de Suisse qu’il faudrait protéger. Il ne répertorie pas n’importe quel tissu mais uniquement ceux d’intérêt national et ne comprend pas de bâtiments isolés mais recense les agglomérations dans leur globalité. Il s’agit du seul inventaire des sites construits au monde à couvrir l’intégralité du territoire d’un État», décrit la spécialiste. Avec aujourd’hui quelque 1200 hameaux, villes ou villages répertoriés, le canton de Vaud se doit ainsi de préserver 141 d’entre eux, tandis que Genève en compte 20 à sa charge (voir ci-dessous).

C’est donc d’après cette liste qu’architectes et urbanistes s’adaptent pour aménager le territoire. «Certes, nous ne leur facilitons pas la tâche car concilier patrimoine et développement urbain n’a rien d’évident. Cependant, ces lieux sont les témoins de notre histoire collective et d’une identité locale. Il faut en prendre soin pour que les générations futures puissent en profiter aussi», appuie Marcia Haldemann. Des sites reconnus également aux yeux de la branche touristique puisque depuis 2020, Suisse Tourisme capitalise dessus pour une de ses campagnes de communication. Cette même année, c’est le canton de Genève qui a pris le sujet en mains et créé la plateforme «patrimoine et territoire», pour que les offices cantonaux respectifs puissent enfin collaborer et ne plus travailler en silos. Une façon d’accompagner le développement de Genève grâce à une pesée des intérêts, véritable enjeu d’avenir. Un de plus.

ROUGEMONT

Exemple vaudois: Rougemontdiaporama
Exemple vaudois: Rougemont

Ce petit village situé tout à l’est du Pays d’Enhaut qui épouse le cours de la Sarine se démarque par sa juxtaposition de bâtiments de différentes époques. Bâti séparé par un vallon arborisé parcouru par le ruisseau de Combabelle, il est marqué au nord par la construction de nombreux chalets de villégiature qui reflètent l’importance de la composante touristique.

SAINT-SAPHORIN

Exemple vaudois: Saint-Saphorindiaporama
Exemple vaudois: Saint-Saphorin

Située à quatre kilomètres à l’ouest de Vevey, cette ancienne bourgade fortifiée, implantée au pied du coteau viticole bien préservé et particulièrement raide, qui semble écraser et confiner les composantes bâties en bordure du Léman, a des qualités historico-architecturales prépondérantes. Et ce, grâce à l’excellente conservation de la substance bâtie composée de maisons vigneronnes et villageoises datant du XVIIe au XIXe siècle, ainsi que par la qualité et la diversité des éléments.

ROMAINMÔTIER

Exemple vaudois: Romainmôtierdiaporama
Exemple vaudois: Romainmôtier

Site clunisien implanté au fond du vallon du Nozon, Romainmôtier est reconnu pour ses qualités historico-architecturales exceptionnelles, du seul fait de la présence de l’abbaye datant du XIe siècle, réplique de celle de Cluny et témoin important de la première génération d’églises conventuelles de notre pays. Le village offre également une atmosphère introvertie, dominée par un aspect minéral, encore proche de l’image médiévale du lieu.

SIERNE

Exemple genevois: Siernediaporama
Exemple genevois: Sierne

Hameau atypique étant donné son grand nombre de maisons de maître, Sierne se distingue par sa position dominante sur les hauteurs d’un point de passage sur l’Arve, ainsi que par l’écrin de verdure et le coteau viticole. Le classement national du site se justifie par la qualité de l’espace-rue et par la valeur historico-architecturale des domaines seigneuriaux datant principalement des XVIIe et XVIIIe siècles ainsi que des quelques fermes typiques de l’architecture régionale, qui présentent un bon état de conservation.

LE LIGNON

Exemple genevois: Le Lignondiaporama
Exemple genevois: Le Lignon

Ville dans la ville, la cité-satellite du Lignon, inégalée en son temps en Suisse à plus d’un égard, impressionne par sa monumentalité, toutefois contrebalancée par l’effet de légèreté de la barre d’habitation. L’importance nationale du Lignon résulte de la valeur historico-architecturale exceptionnelle de cet ensemble, né d’une planification novatrice en Suisse, tant pour son échelle et son plan-masse que pour son mode de construction.