Le branle-bas de combat des surélévations
Sur le papier, ajouter deux étages supplémentaires aux bâtiments existants pourrait répondre à la pénurie de logements et inciter à la rénovation mais cet acte chronophage demeure pour l’instant décrié.

Lorsqu’on parle surélévation, on connait la chanson. Poussière, bruit, nuisances et problèmes techniques en cascade font écho auprès des habitants. Côté propriétaires et régies immobilières: autorisations de construire, financement, renforcements statiques et gestion des lo- cataires suffisent à hérisser les poils. Mais si surélever un bâtiment peut se transformer en véritable cauchemar pour les concernés, il s’avère pourtant être un bon moyen pour répondre à la crise énergétique et à la pénurie de logements qui frappent nos villes.
Trop souvent subi ou observé de loin, cet acte de densification par les airs a donc fait l’objet d’une table-ronde, début octobre, sous l’impulsion du Groupe Professionnel des Ingénieurs (GPI) de la SIA Genève. Ceci afin de donner une vision à 360 degrés sur ce sujet litigieux.
Pas d’invasion d’échafaudages prévue
Tout d’abord, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’on ne surélève pas à tout-va, comme on veut, où l’on veut, et ce qu’on veut. A Genève, en 2008, le Conseil d’État présentait une loi sur les surélévations qui est d’ailleurs toujours en vigueur et qui pose les principes de ce qu’il est possible de faire. Alain Mathez, attaché de direction à l’Office cantonal des autorisations de construire genevois les a détaillées: «Dans certaines zones, le législateur permet une hauteur supplémentaire d’un étage (soit 3 m), si la rue présente une largeur inférieure ou égale à 21 m en zone 2, respectivement une largeur inférieure ou égale à 24 m en zone 3. L’ajout de deux étages (soit 6 m) au maximum est cependant faisable si l’artère est plus large.» A noter néanmoins que ces surélévations ne sont réalisables que pour la création de nouveaux logements (non pas pour des bureaux ou autre) et qu’elles ne doivent en aucun cas compromettre l’harmonie urbanistique de la rue. Des contraintes à la fois juridiques, esthétiques, administratives et même sismiques s’ajoutent à la longue liste des freins... Genève n’autorise de ce fait que 14 dossiers de surélévations en moyenne par an (voir ci-contre).
Compenser financièrement la décarbonation
Mais afin de contrebalancer le sombre tableau des surélévations dépeint jusque-là, Michael Dill, vice-directeur de Swisslife Asset Managers, a démontré le rôle qu’ont à jouer ces dernières pour compenser les frais conséquents de la transition énergétique. «Nous, institutionnels, avons pour mission de chercher des rendements stables, tels que l’immobilier, et l’heure est venue de décarboner notre parc. C’est exactement ce que nous faisons actuellement mais cela a un coût et les surélévations permettent d’absorber une partie de ces frais d’assainissement énergétique», souligne l’expert. Alors ni tout blanc, ni tout noir, le cas des surélévations promet encore de nombreux débats...
