Salon Bois 2025

Le bois: un matériau de construction porteur

Ancienne tradition suisse, les ponts en bois sont en train de retrouver leurs lettres de noblesse après avoir été délaissés un temps au profit des ouvrages métalliques et bétonnés. Tour d’horizon des multiples possibilités qu’ils offrent.

La passerelle des Buissons a été réalisée en bois et inaugurée en 2023 sur les rives de la Trême
La passerelle des Buissons a été réalisée en bois et inaugurée en 2023 sur les rives de la Trême - Copyright (c) RBCH architectes - Vincent Jendly
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Nous connaissons tous le pont de Berne (à Fribourg), les célèbres ponts de Lucerne ou encore celui d’Olten. Des structures en bois qui ont traversé les âges tandis que les décennies comme les cours d’eaux s’écoulaient à leurs côtés...Vestiges d’une époque glorieuse, où le bois bâtissait en partie nos villes, mais oubliés en faveur du béton et de l’acier, ces ouvrages boisés n’ont pourtant pas dit leur dernier mot. Bien au contraire, au coeur de la stratégie énergétique du pays, ils apporteront eux aussi leur pierre à l’édifice. Preuve en est, lors du Salon Bois 2025 qui s’est tenu du 6 au 8 février à l’Espace Gruyère de Bulle, rassemblant 8800 visiteurs (+7% sur un an), professionnels, particuliers et passionnés de la filière du bois se sont déplacés pour échanger avec les 90 exposants et assister aux conférences présentant les opportunités de ce matériau durable, à la fois témoin du passé et porteur d’avenir.

Sur la route de la durabilité

Valentina Kumpusch, vice-directrice de l’Office fédéral des routes a d’ailleurs profité de l’événement pour rappeler le potentiel d’utilisation du bois dans les infrastructures routières nationales. Outre l’usage usuel des 60’000 hectares de forêts qui recouvrent la Suisse, et dont la moitié a pour fonction de protéger des dangers naturels les routes et villages, le bois permet notamment de construire aujourd’hui des parois anti-bruit, des silos à sel (matière d’entretien des routes l’hiver) mais aussi, depuis peu, des passages à faune (ponts routiers pour animaux). Exemple avec le passage à faune au-dessus de l’A1, entre Suhr et Gränichen, fabriqué avec 156 arcs en bois lamellé-collé qui, en plus d’être écologique, s’avère plus léger et facile à installer. «Il aura néanmoins fallu du temps avant d’oser utiliser le bois pour cela mais grâce à l’innovation, on peut désormais dépasser ces idées reçues. C’est pourquoi nous réfléchissons également à concevoir des autoroutes à 4 voies en bois», révèle Valentina Kumpusch.

Montrer la voie du bois

La 17e édition du Salon Bois en février à l'Espace Gruyèrediaporama
La 17e édition du Salon Bois en février à l'Espace Gruyère

Du côté des passerelles, quelques modèles récents pourraient être reproduits à foison tant leur exemplarité fait l’unanimité. À l’instar de celle des Buissons, à Bulle, finalisée en janvier 2023 et dont la simplicité de réalisation malgré son long processus de conception, lui aura valu plusieurs prix. Située sur la rivière de la Trême, au milieu d’un lieu de promenade et de détente, cette passerelle est née sous l’impulsion du Groupe Grisoni, entreprise de construction bulloise, qui a quitté il y a une quinzaine d’année cette parcelle lui appartenant pour emménager à Vuadens. En 2013, afin de valoriser ce site en friche, le Groupe Grisoni opte alors pour un projet de quartier avec une centaine d’appartements et nomme lauréat de son concours d’architecture le bureau RBCH. Dans la foulée, la Ville de Bulle s’associe avec le maître d’ouvrage afin d’étudier la réalisation d’une passerelle de mobilité en aval du futur quartier et ainsi permettre aux habitants de rejoindre le réseau de transports publics. Ni une ni deux, RBCH architectes planche sur le sujet et propose deux variantes: l’une en béton, l’autre en bois. «La deuxième variante a immédiatement retenu leur attention, à condition que le bois de la passerelle soit local (- de 50 kilomètres)», souligne Nicolas Cretegny, associé de RBCH architectes. Avant d’ajouter: «nous avons dû analyser ce qu’il existait pour reproduire quelques bonnes pratiques tout en innovant.». Les équipes s’inspirent notamment du pont couvert de Lessoc (FR) qui franchit la Sarine depuis 1667, pour sa longévité, puis imaginent un treillis influencé par les Etats-Unis, et plus précisément par la «poutre de Town». La structure de la passerelle, formée par des diagonales où trois à quatre lattes s’entrecroisent, a donc permis d’obtenir un système constructif simple tout en dotant l’infrastructure d’un visuel résolument contemporain. Prix global de la construction: 400’000 francs.

Un passage à repenser

À plus petite échelle, une passerelle métallique qui trônait depuis la nuit des temps à la limite communale de deux villages gruériens de 300 habitants (Châtel-sur-Montsalvens et Crésuz) demandait un entretien conséquent. Localisée sur un sentier pédestre très fréquenté du parc régional, il s’agissait alors pour ces deux communes d’aménager au mieux ce lieu. «En 2021, nous nous sommes mis d’accord pour financer l’édification d’un nouveau pont couvert d’environ 20 mètres en bois local», décrit Eric Barras, syndic de Châtel-sur-Montsalvens. Mais malgré l’absence d’architectes ou d’ingénieurs et le manque de moyens financiers, les deux communes voisines ont démontré que ce type d’ouvrage durable, basé sur les circuits courts, était le bon choix. Finalisée trois ans plus tard, en décembre 2024, la passerelle rebaptisée pour l’occasion «St-Blaise», a finalement permis de créer une liaison unique entre les deux localités qui envisagent ensemble divers autres projets.

Ne pas négliger «l’après»

La passerelle des Buissons a reçu de nombreux prixdiaporama
La passerelle des Buissons a reçu de nombreux prix

Justement, «un pont qui sert à relier les êtres humains» figure parmi les métaphores favorites de Thomas Büchi, maître charpentier et défenseur reconnu des constructions en bois. Celui-ci a profité de l’événement pour rappeler l’importance de l’entretien post réalisations boisées. «Ce n’est pas un geste banal que de fabriquer un pont un bois. En 1995, j’ai conçu la passerelle de Broc qui a dû être remplacée 20 ans plus tard par un pont métallique, faute de nettoyage et de vérifications réguliers», partage-t-il.

Du haut de ses 35 ans d’expérience, Thomas Büchi recommande avant tout de couvrir les futures réalisations en bois, de les contrôler fréquemment afin de ne pas bâtir pour seulement dix ou quinze ans et ne pas perdre en crédibilité. «On pense à tort que les ponts en bois sont fragiles. Il suffit de convaincre les collectivités publiques de la plus-value du prix d’une couverture qui, je le précise, divise par dix les frais d’entretien qui suivent», conclut-il. L’audience spectatrice a pris note de ces conseils et a déjà inscrit dans son agenda la prochaine édition du Salon Bois qui se déroulera du 11 au 13 Mars 2026. Et vous, cela vous tente?