Solaire

La technologie à la conquête des toits neuchâtelois

Neuchâtel se positionne en pionnier dans l’utilisation des tuiles solaires. Comment Freesuns, start-up récompensée par le Prix Solaire suisse 2024, a conquis les toits des Neuchâtelois avec sa technologie PV adaptée aux bâtiments historiques et toitures complexes?

Université de Neuchâtel, le projet s'est terminé il y a quelques mois
Université de Neuchâtel, le projet s'est terminé il y a quelques mois - Copyright (c) DR
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Rien ne liait deux Australiens vivant à Colombier-sur-Morges au canton de Neuchâtel. C’est pourtant ici que Deborah Learoyd et John Morello, fondateurs de Freesuns, viennent d’achever la toiture de trois bâtiments emblématiques: le Collège des Parcs, la Faculté des sciences économiques et le Lycée Jean Piaget. «C’est le projet le plus important de Freesuns de par sa superficie totale. Il totalise 36’000 tuiles solaires, au décompte final. Le toit du Collège des Parcs était un défi majestueux, avec des bordures de fenêtres arrondies, beaucoup de pans différents et des parties courbes. Il a fallu 18’000 tuiles sur une superficie de 1927 m2, pour une puissance de 188 kWc. L’université, avec ses velux, était un projet beaucoup plus simple à réaliser et cela a pris 4 mois seulement», souligne Nataëlle Delacroix, responsable marketing de Freesuns.

Puissance et coût

Collège des Parcs Neuchâtel, un toit extrêmement complexediaporama
Collège des Parcs Neuchâtel, un toit extrêmement complexe

Le rendement de ces tuiles est légèrement inférieur à celui de panneaux solaires, mais ce déficit est compensé par le fait que tout le toit est recouvert de tuiles solaires. Pour l’université, la puissance est de 119 kWc pour une superficie de 1128 m2. «Aujourd’hui, nous utilisons des cellules PERC (Passivated Emitter and Rear Cell) qui sont les plus fiables du marché», signale la start-up. Le PERC a une sensibilité accrue à la lumière, même en cas de mauvais temps ou de brouillard. La technologie TopCon arrive également sur le marché. Qu’en est-il de la durée de vie de ces tuiles qui intègrent tous les composants nécessaires à la production d’énergie solaire?

«Bien qu’en verre trempé, elles durent 50 ans et sont plus résistantes à la grêle que des tuiles en terre cuite», assure Nataëlle Delacroix, signalant que les tests ont été menés au CSEM. En revanche, elles coûtent plus cher. L’amortissement d’une installation passe ainsi de 10 ans à 13 ans. Cet écart s’explique par le fait qu’une partie de la couverture est faite sur mesure, pour s’adapter à la forme du toit.

Du solaire esthétique

Les tuiles solaires s'intègrent à tous les bâtiments protégés au patrimoinediaporama
Les tuiles solaires s'intègrent à tous les bâtiments protégés au patrimoine

La force de l’approche du couple réside justement dans cette offre sur mesure. Eux-mêmes propriétaires d’une maison d’architecte, ils ont cherché en 2014 une solution pour couvrir leur toit de cellules solaires, sans le dénaturer. Comme rien n’existait, John Morello a créé des prototypes de tuiles solaires. Le premier projet de Freesuns était né. Les demandes du voisinage et des amis ont permis de lancer la start-up en 2019. Les toits ne pouvant accueillir de panneaux classiques ou souhaitant garder leur esthétisme sont devenus leur coeur de marché. Leurs tuiles solaires peuvent s’installer n’importe où, s’il y a une pente de 15 cm minimum. Ils ont ainsi rendu le photovoltaïque accessible aux bâtiments protégés ou aux toits multiformes. Le marché est réactif, notamment sur les biens historiques, les chalets et les maisons de maître. Ainsi, la start-up a récemment couvert une tourelle, une prouesse qui demande un découpage très fin des modules photovoltaïques. Fin 2024, la start-up recevait le Prix Solaire Suisse 2024 pour la couverture d’un toit protégé à 10 pans à Schwarzenburg. Pour l’anecdote, le projet n’a eu besoin que de deux semaines pour être validé par les autorités.

Neuchâtel donne le ton Neuchâtel a été précurseur à plus d’un niveau, en premier grâce au partenariat tissé entre le CSEM et Freesuns. Christophe Ballif, ex-responsable du secteur des énergies renouvelables du CSEM, a mis son toit à disposition pour tester les tuiles solaires. Il a ainsi été le premier projet Freesuns du canton. Suite à cela, il y a 4 ans, une discussion a été engagée avec le canton et la ville. «Neuchâtel a très rapidement décidé d’être pionnier et de couvrir les toits de ses bâtiments protégés de tuiles solaires. En quelques années, nous avons réalisé une dizaine de projets dans le canton», observe Nataëlle Delacroix. En effet, selon son plan climat, le canton vise la neutralité carbone en 2050. Il multiplie les incitations grâce notamment au programme Bâtiments (PB-NE) qui s’enrichit de nouvelles subventions.

Dans la foulée, d’autres demandes neuchâteloises sont à l’étude: un bâtiment public en ville, plusieurs écoles et une entreprise à Colombier dont le bâtiment est classé. Mais Neuchâtel n’est pas le seul à s’intéresser aux tuiles solaires. Le Valais se montre très demandeur, notamment récemment avec le Palais du Gouvernement et sur les chalets en recherche d’une tuile proche de l’ardoise. «Le rendu esthétique est presque un trompe-l’oeil, remarque-t-elle. J’ai envoyé des photographes pour prendre un toit équipé de tuiles du modèle ardoise. Ils ont peiné à différencier les pans couverts de tuiles classiques en éternit et de celles de Freesuns.»

Programme européen

Deux ombres apparaissent au tableau. En février, le Conseil fédéral a décidé de réduire le prix de rachat de l’électricité solaire des particuliers dès 2026. Il pourrait baisser jusqu’à 6 ct/kWh. «Ce sont de mauvais signaux pour le développement du photovoltaïque, note notre interlocutrice. Cependant, nous sommes dans un marché de niche et les personnes qui investissent dans nos tuiles recherchent une solution esthétique et écologique avant de penser au prix de revente.»

Autre mauvaise nouvelle, la tourmente financière et stratégique du fabricant de panneaux solaires Meyer Burger qui vient de céder Pasan, sa filiale neuchâteloise. «Freesuns fait partie du programme Sphinx Horizon Europe qui regroupe plusieurs acteurs du photovoltaïque, précise-t- elle. Ils réfléchissent notamment à des solutions pour rapatrier la production de cellules solaires en Europe. Ce n’est pas possible aujourd’hui pour des raisons de coût et nos cellules PV viennent de Chine, mais nous restons pro-actifs.»