La cité du Grand Morillon
Longtemps menacée par un exode des organisations onusiennes, la Genève internationale s’étend et se diversifie. Au nombre des multiples projets dans le secteur, la Cité internationale du Grand Morillon inaugure un nouveau locatif.

Genève revient de loin. Grâce à la stratégie fédérale et cantonale adoptée en 2013, le secteur international se renforce et s’agrandit. Rénovations, constructions de logements, bureaux et infrastructures scolaires et routières vont permettre de le désenclaver. Un grand moment charnière après le fort développement des années 1960-1970 auquel contribue notamment la Cité internationale du Grand Morillon. A l’angle des routes de Ferney et des Morillons, juste en face du Conseil œcuménique des Eglises dont la construction de six bâtiments de logements et bureaux autour de son édifice historique est prévue d’ici à 2026, un foyer d’animation est en train de surgir. Sur cette parcelle de 21'000 m2, le locatif de 88 logements à loyers contrôlés destinés aux internationaux, vient s’ajouter à la résidence pour 700 étudiants de l’Institut des hautes études internationales (IHEID), inaugurée en février dernier. Le terrain accueillera aussi bientôt le siège suisse de Médecins sans frontières (MSF) qui va quitter son charismatique bâtiment des années 1920, déjà racheté, rue de Lausanne.

«Avec son restaurant, sa boulangerie-tea-room, sa cafétéria, son traiteur et son épicerie, l’immeuble de logements de la Fondation Terra & Casa va constituer un début de centralité dans le quartier des Nations», indique Audrey Ropion, cheffe de chantier de Steiner SA.
L'immeuble de logements de la Fondation Terra & Casa va constituer un début de centralité dans le quartier des Nations
A la lisière du Jardin des Nations à droite, l’immeuble dialoguera avec le futur siège de Médecins sans frontières, à gauche. Notons que plusieurs commerces seront gérés par des associations à but social: le restaurant par Cuisine Lab qui agit en faveur des réfugiés, la boulangerie par la Fondation Aigues-Vertes et un atelier de vélos par Genèveroule, deux institutions bien connues à Genève. Entreprise totale pour ce bâtiment, Steiner SA est aussi développeur, sur les quatre hectares adjacents à la Cité, du grand projet immobilier du Jardin des Nations mené par la Steiner Investment Foundation, qui devrait démarrer en 2024.
Une barre élancée sur huit étages
Suite au plan directeur de quartier Jardin des Nations adopté en 2005, le secteur de quelque 130 hectares compris entre lac et aéroport a été mis en zone de développement 3, en 2013. Cette modification a permis d’introduire des affectations différentes et a fourni le cadre légal pour dégager des potentiels constructibles, tout en préservant la qualité paysagère. Par exemple à la Cité internationale. Le terrain appartenant à l’Etat a été mis en droit de superficie, pour moitié en faveur de l’IHEID via le rachat du terrain par la Fondation Hans Wilsdorf, la jouissance de l’autre moitié profitant à MSF et à Terra & Casa. Inscrits dans un plan localisé de quartier, les trois ouvrages sont issus chacun de concours d’architecture internationaux, les aménagements extérieurs, en revanche, ont fait l’objet d’un projet commun issu, lui aussi, d’un concours international. Prolongement de la promenade de la Paix, voie de mobilité douce du Grand-Saconnex jusqu’au lac, le tracé traverse la parcelle en donnant une logique urbanistique à l’ensemble. En phase avec les gabarits existants et à venir dans la zone, la barre longiligne de huit étages sur rez de Terra & Casa est signée par le bureau valaisan Bonnard Woeffray architectes. Ses fines proportions élancées accompagnent la fluidité du mail central et se prêtent au dialogue avec le siège de MSF qui lui fera face. La volumétrie du bâtiment est unitaire, sans pli ni redent, à l’exception de la tête qui se tourne légèrement pour encadrer la place et signaler l’entrée du site sur la route des Morillons.
Des vis protègent le marronnier

Dans son expression épurée, l’immeuble comprend 11 appartements par niveau, du studio au 6 pièces, desservis par trois cages de distribution. Vastes et lumineux, les logements intègrent des typologies traversantes, certains sont dotés d’un balcon loggia intégré dans la volumétrie. Avec ses panneaux photovoltaïques en toiture végétalisée et une excellente isolation de l’enveloppe, l’ouvrage répond aux standards énergétiques élevés HPE. La production de chaleur est garantie par la conduite à distance Cadiom des Services industriels de Genève (SIG). Réalisée en éléments préfabriquées béton, la modénature des façades assure les faibles coûts d’entretien. Le rez offre 680 m2 de surfaces d’activités. Le parking souterrain sur deux niveaux, accessible par l’arrière de l’immeuble, en limite de parcelle, profite d’une rampe commune conduisant aux aires de stationnement des autres bâtiments du site. Quant au grand marronnier existant sur la place, il a été non seulement sauvegardé, mais ses racines sont protégées par un système de vis de fondation Krinner installé sous la dalle. Les locataires inaugurent leur nouvelle demeure dès mi-novembre. Terra & Casa a pour vocation d’offrir des solutions de logement à coûts accessibles aux employés internationaux. Viviane Scaramiglia
Le quartier international fait sa mue
Après l’inauguration récente du Bâtiment H, extension du Palais des Nations soumis à rénovation, le tout devisé à 837 millions de francs, avec une participation de Berne et du Canton en prêts de 460 millions de francs, la Genève internationale va bon train. A la rénovation du bâtiment de l’Organisation internationale du travail (OIT) d’un coût total de 300 millions de francs, dont près d’un quart accordé par la Confédération, s’ajoute notamment le nouvel immeuble du siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) soutenu à hauteur de 140 millions par Berne, l’Etat et la Fondation des immeubles pour les organisations internationales (FIPOI), tandis que l’Union internationale des télécommunications (UIT) s’offrira un nouvel édifice en 2026 avec le soutien suisse et cantonal de 150 millions. Au-delà des grands paquebots onusiens s’affichent la Cité du Grand Morillon, l’ambitieux développement immobilier du Conseil œcuménique des églises (six bâtiments de bureaux, logements et résidence hôtelière), l’important projet du Jardin des Nations, le développement urbain prévu à moyen terme le long de la route de Ferney. Quant à la future route des Nations partiellement enterrée, qui va connecter le quartier des organisations internationales à l’autoroute, elle délestera la route de Ferney ultérieurement desservie par la prolongation du tram 15 jusqu’au Grand-Saconnex. Genève, ville mondiale: le mythe n’est plus en péril et reste plus que jamais une réalité.