L'âge d'or du bureau balayé par la crise sanitaire
La jeudi 4 novembre, l'espace de coworking haut de gamme Quartier des Banques, a fêté son premier anniversaire. Pour célébrer cet évènement, ses membres étaient conviés à participer à une discussion sur l'impact de la crise sanitaire dans le monde du travail.

«On a d’abord l’impression d’entrer dans le hall d’un hôtel cinq étoiles, avec ses œuvres d’art, son mobilier de qualité et ses luminaires design», écrivait il y a tout juste un an Fabio Bonavita dans les colonnes de «Luxury Tribune». Convié à l’inauguration d’un nouvel espace de coworking situé en face de la synagogue Beth-Yaacov de Genève, le journaliste n’avait pas caché son étonnement.
S’étalant sur plus de 3500 m2, Quartier des Banques n’a en effet pas son pareil en Suisse romande. Ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, ce «tiers lieu» redéfinit en profondeur le coworking en le rapprochant du monde de l’hôtellerie de luxe et des prestations des plus grands hôtels. Ses membres peuvent ainsi bénéficier d’un fitness, d’un cinéma, d’un bar et d’un lounge créé par l’architecte Patrice Reynaud. Sans oublier Monsieur Bouillon, la table chic et populaire imaginée par le chef étoilé Philippe Chevrier, accessible au rez-de-chaussée.
Trois intervenantes
Pour célébrer son premier anniversaire, ce club hétéroclite (il compte aussi bien des salariés que des entrepreneurs, des galeristes, des fabricants de chaussures, des employés de family offices ou des retraités!) a eu le plaisir de convier ses membres début novembre à participer à une discussion suivie d’un cocktail dînatoire. La thématique? «Women at work: Covid’s impact and evolutions over the past year» (Les femmes au travail: l’impact du Covid et les évolutions au cours de l’année écoulée). Trois intervenantes de premier plan – Valentina Volchkova, directrice de la Pace Gallery, Laurence Rochat, ambassadrice de la marque Audemars Piguet, et Caroline Lang, présidente de Sotheby’s Suisse – étaient présentes pour livrer leurs réflexions.
Premier constat exprimé: le monde a basculé du jour au lendemain dans le télétravail à grande échelle en 2020. Ce travail en remote a permis d’amortir le choc du confinement dans de nombreux secteurs. Face à la crise, les employés se sont montrés solidaires et ont fait preuve d’une grande souplesse et inventivité pour garder leur entreprise à flot. Pour continuer à fonctionner, certaines organisations ont dû ajuster leur offre, voire se reconvertir en attendant la reprise. Le télétravail a également permis l’émergence de méthodes innovantes de management des équipes, de même que l’autonomisation et la responsabilisation des employés.
Rien ne remplace l'interaction humaine physique
Risques psychosociaux insoupçonnés
Les trois intervenantes ont cependant rappelé que le home office comporte certains risques psychosociaux insoupçonnés, tels que la solitude et son corollaire, l’ennui, mais aussi le sentiment d’inutilité, de vide, l’inactivité ou, au contraire, la multiplication d’activités pour combler un manque de repères. De nombreux employés ont également dénoncé l’impossibilité de séparer sphère professionnelle et privée, certains se plaignant qu’aucun droit à la déconnexion (ndlr: le droit à se déconnecter de ses outils numériques professionnels et à ne pas être contacté par son employeur en dehors de son temps de travail habituel) n’avait été mis en œuvre dans l’entreprise.
«Le télétravailleur qui ne partage plus son lieu de travail avec ses collègues court aussi le risque de perdre son sentiment d’appartenance et de ne plus se sentir en phase avec les objectifs de l’entreprise, a encore observé Laurence Rochat. Il est très difficile de capter la culture d’une entreprise à distance, en particulier si cela ne fait pas longtemps que l’on y travaille, raison pour laquelle le télétravail optimal devrait être de deux jours par semaine.» Et d’insister: «Rien ne remplace l’interaction humaine physique.»

Cela étant dit, il n’en demeure pas moins que la crise sanitaire a sonné l’âge d’or du bureau. Ainsi, selon le cabinet de reclassement Von Rundstedt, le télétravail restera sur le long terme un modèle prédominant dans l’entreprise, même si son intensité est appelée à diminuer pour revenir à des niveaux plus sains. A cet égard, les intervenantes ont ajouté que le coworking, qui propose des services et activités propices aux interactions sociales, peut être vu comme un moyen efficace de prévenir certains risques psychosociaux du distanciel. Un détail qui intéressera peut-être certains: les restrictions sanitaires ne s’appliquant pas au Quartier des Banques puisqu’il s’agit d’un club privé, ses membres peuvent y déjeuner en se faisant livrer des plats des restaurants situés aux alentours sans être obligés de présenter un pass sanitaire.
Un mot rapide à présent sur les origines du terme «coworking». Ce mot a été inventé par l’écrivain et concepteur de jeux Bernie De Koven. Celui-ci l’a utilisé pour la première fois en 1999, alors qu’il tentait d’expliquer les nouvelles formes collaboratives de travail. Avant qu’il ne soit théorisé, le coworking existait cependant déjà sous des formes plus discrètes. D’aucuns considèrent en effet le C-Base de Berlin – un «hackerspace» fondé en 1995 par des informaticiens qui souhaitaient partager leurs connaissances sur les logiciels libres – comme le tout premier espace de coworking.
Le jour où tout a commencé
En 2005, le premier espace de coworking à proprement parler a été inauguré à San Francisco, par le programmeur Brad Neuberg, suivi de près par la Hat Factory co-fondée par Chris Messina. Son nom ne vous dit rien? Il s’agit pourtant de l’inventeur du #hashtag sur Twitter! Depuis, le coworking a envahi le Vieux Continent et en particulier la Suisse. Selon Mélanie Burnier, membre du comité Coworking Switzerland, une association qui regroupe les gérants de bureaux de travail partagés, on comptait 55 espaces de coworking en 2015 et 155 en 2018. En 2019, ils étaient plus de 200!
