Dossier spécial

Des cuisines hautes en couleurs

Vives et acidulées ou plutôt pastels à motifs géométriques, en touches sporadiques ou total look assumé… les couleurs sont à l’honneur ce printemps. Mais face à cette profusion chromatique, voici le guide pour soigner ses pupilles et ses papilles.

La notion d’équilibre est fondamentale lorsqu’il s’agit de déterminer la couleur de sa cuisine. Le plus simple est de tout miser sur les façades.
La notion d’équilibre est fondamentale lorsqu’il s’agit de déterminer la couleur de sa cuisine. Le plus simple est de tout miser sur les façades. - Copyright (c) Freepik
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Du café matinal au souper familial, en passant par la soirée entre amis, la cuisine est (et reste) LA pièce maîtresse de nos intérieurs malgré l’évolution de nos habitudes. Jour après jour, ce lieu de vie à part entière, qui ne sert pas uniquement à «cuisiner» comme son nom l’indique, joue les espaces de partage, d’apprentissage ou de relâche. Or, paradoxalement, cette pièce est souvent la plus neutre de notre logement. Soutenue par l’idée préconçue que l’on finit tôt ou tard par se lasser d’une cuisine colorée, sa teinte varie la plupart du temps du blanc au gris, en se lâchant parfois sur les déclinaisons de beige.

Tout sauf moderne, cette peur de la couleur est également gangrénée par la variété quasi infinie de tonalités et de matérialités proposées. Une personnalisation sans modération qui peut rapidement friser l’effet arlequin ou le mix and match indigeste. Alors, si la cuisine toute blanche vous laisse de marbre mais que vous ne savez pas par où commencer, voici quelques idées pour faire de la couleur votre alliée, un associé de choix mais sans risque de faux pas.

Le jaune ou l'orange sont connus pour améliorer l’humeur et les niveaux d’énergie.diaporama
Le jaune ou l'orange sont connus pour améliorer l’humeur et les niveaux d’énergie.

Mettre le focus sur les façades

Tout d’abord, la notion d’équilibre est fondamentale lorsqu’il s’agit de déterminer la couleur de sa cuisine. Le plus simple pour oser franchement, est de tout miser sur les façades (placards, caissons, tiroirs…) en choisissant un coloris que l’on va appliquer sur l’entièreté de ses meubles, de façon monochrome ou sur une partie centrale, avec du bleu foncé ou rouge rouille par exemple. Puis de temporiser le tout avec un plan de travail, des murs et des crédences plus sobres, en optant pour des carreaux de métro blancs notamment (très tendances) ou une variante de teinte plus douce. On peut repartir à zéro en changeant les façades ou simplement repeindre les surfaces avec une peinture spéciale, offrant une palette alors plus large de possibilités en jouant sur les contrastes. Typiquement, pour réchauffer des murs en béton froids, on se laisse tenter par les tons pêches et aubergines en façades. Originalité garantie.

Si leur fonction principale est de protéger les murs, les crédences habillent la cuisine de maints coloris et matériaux.diaporama
Si leur fonction principale est de protéger les murs, les crédences habillent la cuisine de maints coloris et matériaux.

Se lancer avec le mobilier

Quand on ne veut pas tout métamorphoser mais apporter une vrai dose de vitalité à sa cuisine, il suffit autrement de troquer son «vieux» mobilier pour un design Néo pop (voir ci-après) qui revient en force. Avec un ensemble de tables et chaises flashy ou dépareillé, les couleurs criardes sont ici autorisées. Le vert laqué ou le bleu Klein, tout comme les matières lisses et brillantes, se marieront à la perfection avec le reste de la pièce qui sera composé, en contrepartie, d’un mobilier aux allures brutes. Toutefois, le mobilier coloré ne se limite pas à une table et quelques chaises. On peut investir dans des luminaires, un banc, des tabourets, ou encore une desserte au style vitaminé.

Le mur, un risque mesuré

Si changer ses façades ou son mobilier limite la possibilité de retour en arrière sans coûts importants supplémentaires, relooker son traditionnel mur blanc en nouvelle surface jaune, rouge, bleue ou même rose peut totalement transformer votre cuisine. Il faudra bien entendu appliquer une peinture de cuisine, adaptée à cette pièce mais cela permet, si besoin, de reconsidérer son choix si celui-ci ne nous plaît pas. Pour éviter la surdose de couleurs chaudes, on se contente d’un seul pan de mur par exemple et si l’on veut limiter la prise de risque, jouer sur les dégradés pour sublimer la teinte retenue. Dans tous les cas, des murs de couleurs sont tout indiqués pour mettre en valeur une cuisine aux lignes classiques ou aux matériaux naturels comme le bois. Autre option: le papier peint, pour personnaliser et démarquer des rangements muraux qui viendront structurer cette partie de la cuisine.

Le style apporté par les crédences

Si leur fonction principale est de protéger les murs de la cuisine des éclaboussures et des dommages, les crédences ne se limitent désormais plus à cette seule mission. Elles habillent aujourd’hui la cuisine de maints coloris et matériaux. La tendance est aux carreaux agencés en figures géométriques, comme le motif à chevrons, aux carreaux dits «métro» et aux matériaux recyclés tels que le verre ou le plastique. Autrement, se tourner vers les incontournables: les crédences de marbre. Qu’elles soient en mosaïques colorées ou d’un ton unifié et vif, elles attireront assurément tous les regards. Placée entre le plan de travail et les meubles hauts, la crédence peut d’ailleurs se décliner sur différents supports (mélaminé, stratifié, verre, inox, céramique) et peut être lumineuse ou mate. De quoi donner de la personnalité à une banale cuisine claire.

Souvent oublié, le rose est un coloris qui illumine les cuisines sobres.diaporama
Souvent oublié, le rose est un coloris qui illumine les cuisines sobres.

Le choix limité mais osé du sol

Contrairement aux autres pièces de la maison, la cuisine n’est pas prévue pour l’utilisation d’un tapis (pour des raisons hygiéniques et fonctionnelles évidentes), exception faite de l’éventuel rectangle antiglisse sous l’évier. Difficile donc d’apporter de la couleur sous nos pieds par ce biais-là. Afin de respecter l’harmonie chromatique du lieu tout en jouant sur les contrastes, la seule solution est de peindre le sol avec une peinture adéquate ou de poser une surface en imitation de carreaux de ciment colorés. Toutefois, pour ne pas se rater, les dimensions de la cuisine conditionnent le choix des couleurs. Les petits gabarits seront inadaptés aux couleurs foncées mais valorisés par les couleurs claires (et inversement). De même, l’éclairage, plutôt naturel ou artificiel, reflètera davantage la lumière grâce à des éléments clairs et brillants qui agrandiront l’espace au passage.

La facilité de l’équipement coloré

Dernière option pour insuffler un vent de couleur à sa cuisine, la plus facile d’accès mais aussi la moins impactante: les équipements. Les plus timides pourront ainsi apporter quelques touches gaies grâce à de l’électroménager flashy (une bouilloire, une cafetière, un grille-pain… jaune citron, orange 70’s ou rouge groseille). La marque Smeg (voir ci-après) a, en particulier, su se démarquer sur ce créneau au fil des décennies. Les ingrédients et ustensiles panachés ou ornés de fruits colorés viendront parfaire le tout, à l’instar des célèbres cocottes Le Creuset vendues dans le monde entier (voir ci-après). Un assortiment aux couleurs vives qui peut se suffire de lui-même pour apporter de la personnalité à sa cuisine.

Des milliers de couleurs, un seul rendu

Tout est une question d’équilibres et de contrastes.diaporama
Tout est une question d’équilibres et de contrastes.

Une fois que l’objet ou la surface à colorer est défini, reste encore à trouver la teinte idéale. Quelques règles s’appliquent pour éviter l’interminable casse-tête chromatique et traumatique. Tout d’abord, il est toujours important de prendre en compte l’effet des couleurs d’un point de vue psychologique. Le jaune ou l’orange, typiquement, sont connues pour leur capacité à améliorer l’humeur et les niveaux d’énergie, tandis que le bleu ou le vert évoquent des perceptions de calme, de confiance et de tranquillité. Le style recherché rentre lui aussi dans l’équation. Pour donner un aspect de modernité, les tons rouges, bleus ou verts offrent un aspect frais et dynamique à la pièce. La cuisine vintage se dirigera vers des éléments pastels, la cuisine rustique vers des couleurs chaudes (telles que le marron ou le beige), alors que la cuisine industrielle favorisera le bleu profond ou le vert foncé.

Dans le détail des coloris, voici quelques observations générales:
LE TERRACOTTA: couleur tendance, inspirée des teintes de la terre cuite, s’invite sur les murs pour réchauffer une pièce terne. Convient parfaitement avec des accents de cuivre, de bois brut ou de laiton, pour une ambiance méditerranéenne et conviviale.
LE BLEU-VERT: à privilégier sur le mobilier, la décoration ou les murs. Une teinte qui se marie à merveille avec des meubles au style scandinave.
LE ROUGE ROUILLE: fait voyager ses observateurs dans des pays ensoleillés.
LE VERT SAPIN: permet d’aménager une pièce à l’esprit végétal facilement. Une couleur sombre qui met en avant le mobilier en bois.
LE BLEU KLEIN: une teinte intemporelle qui séduit toujours autant sur tous types de surfaces.
LE VERT OLIVE: idéal pour une cuisine moderne. Il apporte une touche de sérénité à la pièce avec des influences écologiques et végétales.
LE ROSE BONBON: à associer sur du mobilier noir pour un résultat chic. Un coloris souvent oublié qui illumine les cuisines sobres.
LE JAUNE MOUTARDE: peut être intégré par petites touches pour dynamiser l’espace, tout en conservant un esprit contemporain.

Et si on souhaite combiner plusieurs couleurs? Cela peut sembler complexe mais tout est une question d’équilibres et de contrastes. Il faut tout d’abord définir une couleur dominante qui occupera la majorité du périmètre concerné. Il est recommandé de favoriser une teinte qui ne sera pas trop vive et qui maximisera la luminosité pour créer une impression d’espace. La couleur secondaire, qui joue le rôle de teinte d’accent peut, quant à elle, être plus audacieuse et servira à dynamiser l’ensemble. Il est préférable de l’utiliser sur des éléments précis et de miser sur les contrastes (entre couleurs chaudes et froides, entre couleurs neutres et franches, entre couleurs intemporelles et nuances modernes...). Parmi les combinaisons qui ont déjà fait leurs armes, on retrouve le rouge rouille avec le corail, le vert sapin avec le rose bonbon, le jaune moutarde avec le bleu Klein qui sont des valeurs sûres, bien que les possibilités soient illimitées. Attention néanmoins à la répartition entre les deux qui doit jongler de la manière suivante pour garantir l’harmonie: la couleur dominante doit occuper environ 70% de la surface visible, tandis que la couleur d’accent couvre les 30% restants.

Balloon Dog de Jeff Koons à la Fondation Louis Vuitton à Paris.diaporama
Balloon Dog de Jeff Koons à la Fondation Louis Vuitton à Paris.
  • QU’EST-CE QUE LE STYLE NÉO POP?
    Si vous vous lancez à la conquête d’une décoration résolument colorée, vous ne pourrez pas passer à côté du style Néo pop, digne descendant du Pop Art (apparu dans les années 1960 en réponse à la culture consumériste, dominée par les médias de l’époque). Ce mouvement artistique, apparu quant à lui à la fin du XXe siècle, est caractérisé par ses couleurs vibrantes, des images audacieuses et des références à la culture populaire combinées avec l’esthétique contemporaine. Jaune citron, vert pomme et bleu canard font partie du décor. Avec cette approche, on ose toutes les associations, pourvu que le résultat soit haut en couleurs et frappe l’oeil. Le terme Néo pop, inventé par Noi Sawaragi (critique d’art japonais) en 1992, se veut moins révolutionnaire et revendicatif que le Pop art de Warhol et de Lichtenstein mais plus dynamique et ludique. Ses représentants se nomment Kusama, Murakami, Hirst ou encore Jeff Koons qui est réputé pour ses sculptures d’animaux-ballons en acier inoxydable.
  • PORTRAIT DE LA MARQUE SMEG
    Elle est l’une de ces rares marques dont la seule présence suffit à imposer du style en cuisine. Smeg, maison italienne pionnière sur bien des aspects de l’électroménager, s’est spécialisée au fil des années dans la création d’appareils aux lignes inspirées du design des années 50, avec des couleurs et des courbes atypiques qui donnent ainsi un caractère original à la pièce. Fondée en 1948 par Vittorio Bertazzoni, l’entreprise d’émaillage et de métallurgie du nom de Smeg (Smalterie Metallurgiche Emiliane Guastalla) a su consolider son identité, synonyme d’appareils à la fois esthétiques et technologiques. Des collaborations historiques avec des architectes et des designers de renommée mondiale tels que Guido Canali ou Renzo Piano mais aussi des marques d’autres secteurs comme Veuve Clicquot, Mini, Fiat, Swarovski ou Coca-Cola feront de Smeg une icône du style présente aujourd’hui dans le monde entier. Ses produits phares sont le réfrigérateur FAB et depuis 2014 des petits appareils électroménagers aux lignes rétro.
Frigidaire Smeg décoré par Dolce et Gabbana, Grand Palais Paris.diaporama
Frigidaire Smeg décoré par Dolce et Gabbana, Grand Palais Paris.
  • PORTRAIT DE LA MARQUE LE CREUSET
    Tout le monde connaît et reconnaît ces cocottes intemporelles en fonte émaillés de la marque Le Creuset. Arborant également des couleurs en tous genres, ces ustensiles de cuisine, devenus des indispensables d’une cuisine digne de ce nom, ont été créés en 1925 par deux industriels belges, le premier spécialiste en émaillage, le second expert en moulage en fonte. La fonderie Le Creuset se trouvera cependant sur le territoire français, à Fresnoy-le-Grand, un emplacement au carrefour des voies de transport pour les matières premières que sont l’acier, le fer et le sable. Inspirée par la couleur orange ardent de la fonte émaillée en fusion à l’intérieur des moules de fonderie, la première couleur de Messieurs Desaegher et Aubecq, «la volcanique», deviendra leur teinte emblématique. Dans les années 1960, Le Creuset introduit ensuite la couleur «Jaune Élysée», accueillie avec enthousiasme par des milliers de personnes, dont Marilyn Monroe. Par la suite, un grand nombre de nouveaux coloris verront le jour, notamment un bleu qui a séduit et inspiré Elizabeth David, célèbre auteure britannique de livres de cuisine dans les années 1950.

_Dossier réalisé par Julie Müller